5 marques chinoises qui ont défilé pendant la PFW 

Jan 27, 2026 | Brands, Fashion, Lifestyle

Saison après saison, la Fashion Week parisienne attire des marques venues des quatre coins du globe, bien au-delà des capitales occidentales traditionnelles. Longtemps cantonnée à des clichés réducteurs, la scène chinoise contemporaine s’impose aujourd’hui comme l’un des foyers créatifs les plus riches. À Paris, ces marques démontrent que la Chine ne se contente plus de produire : elle raconte, expérimente et surtout redéfinit la mode contemporaine. 

A.A.Spectrum, chronique d’une mémoire collective

Cette saison, la marque s’intéresse au pic de développement des années 1990 et 2000, période charnière de l’histoire chinoise, marquée par l’ouverture progressive du pays à l’Occident sous l’impulsion de Deng Xiaoping. La collection présentée à Paris mêle ainsi des références issues du vestiaire occidental à des éléments profondément ancrés dans la culture chinoise. 

Courtesy of A.A.Spectrum

Lors de la soirée de présentation de la collection chez Gros Bao, le décor, reproduction minutieuse d’un salon des années 1950-1960 avec tapisseries, velours et bibelots, évoque immédiatement les intérieurs figés dans le temps connus par plusieurs générations. Les silhouettes unisexes adoptent une allure volontairement décontractée : tracksuits terracotta — teinte annoncée comme incontournable cette année — doudounes à zips multiples et vestes ponctuées de fermoirs métalliques brandebourg. Un vestiaire ouvertement confortable qui ne manque néanmoins pas de subtilité. 

Elywood, éloge d’un romantisme durable 

En collaboration avec le concept store parisien Aesavant, spécialisé dans la scène asiatique, Elywood a présenté sa collection croisière dans un registre toujours aussi poétique. L’univers de la marque est romantique, presque onirique, porté par un esprit bohème assumé.

La maison privilégie l’utilisation de matériaux recyclés, inscrivant sa démarche dans une réflexion responsable. Sa palette chromatique est volontairement restreinte : une base de noir et blanc, rehaussée de nuances neutres, qui confère à l’ensemble une cohérence immédiate.

@cvtmle
@agathemsry

Derrière Elywood, un collectif de designers dont la singularité est pleinement revendiquée : chaque création est signée par les initiales de son ou sa créatrice sur l’étiquette, soulignant une approche rare dans un secteur souvent dominé par une seule figure.

Feng Chen Wang, l’équilibre comme principe fondateur

Avec sa collection AW26, Feng Chen Wang poursuit son exploration des philosophies chinoises en s’appuyant sur le concept de Liang Yi, un art martial fondé sur l’harmonie entre des forces opposées, rapides et lentes. Cette quête d’équilibre irrigue l’ensemble du vestiaire proposé cette saison. 

Courtesy of Feng Chen Wang

Les silhouettes jouent sur les contrastes : denim imprimé associé à de la fausse fourrure, costumes structurés adoucis par des textures plus organiques, soie délicate venant dialoguer avec des matières techniques. Chaque pièce semble pensée comme un point de rencontre entre deux univers. 

Le propos est également porté par la mise en scène. En faisant défiler des chiens aux côtés des mannequins, la créatrice rend possible l’idée d’une cohabitation apaisée entre l’humain et l’animal, prolongeant sa réflexion sur l’accord entre les êtres et leur environnement.

Sean Suen, le vêtement comme prolongement de l’individu 

Originaire de Pékin, Sean Suen célèbre cette saison une décennie de présence à Paris. Sa collection intitulée « Second Skin » s’inscrit dans une approche introspective du costume masculin. Présenté à travers un lookbook en noir et blanc, le vestiaire met l’accent sur la précision des coupes et des volumes.

Courtesy of Sean Suen

Épaules marquées, cols relevés, vestes raccourcies, manches de chemises volontairement apparentes : chaque détail participe à une construction presque architecturale. Les vêtements sont pensés comme des couches protectrices, des enveloppes successives qui accompagnent le corps sans jamais l’effacer.

Chez Sean Suen, l’homme et le vêtement ne fusionnent pas pour disparaître l’un dans l’autre. Au contraire, l’individu affirme sa présence, occupe l’espace tout en dialoguant avec la matière. 

Ziggy Chen ou l’art d’un tailoring en ruine 

C’est au cœur du VIIIᵉ arrondissement de Paris, dans un temple protestant à l’orgue monumental, que Ziggy Chen a présenté sa collection FW26 intitulée DISSPARITION. Un cadre solennel pour un vestiaire qui évoque un monde en suspension…

La patte de la marque est immédiatement reconnaissable : un tailoring flou post-apocalyptique. Les silhouettes, construites en superpositions, paraissent se façonner sous les yeux du spectateur. Les fibres naturelles, malgré l’accumulation, conservent une légèreté qui rend l’ensemble étonnamment aérien.

Courtesy of Ziggy Chen

Les teintes neutres et froides, les effets volontairement vieillis et les volumes imparfaits racontent des vêtements chargés d’histoire, tournés vers un futur incertain. Un manteau aux boutons placés dans le dos et porté avec une épaule tombante, incarne cette volonté d’exposer l’imperfection. 

Loin des stéréotypes persistants, ces créateurs imposent des récits complexes, nourris d’histoire, de philosophie et jalonnés d’expérimentations. Qu’elles soient institutionnalisées ou encore en marge des circuits officiels, ces maisons participent activement au renouvellement du paysage parisien.

Article de Julie Boone