Alors que la Coupe d’Afrique des Nations bat son plein au Maroc, l’attention médiatique internationale se concentre sur le continent africain. Un éclairage qui dépasse largement le cadre sportif : depuis plusieurs saisons, la mode africaine s’impose comme un territoire créatif majeur, porté par des initiatives comme Africa Fashion Up. Du Maroc au Sénégal, du Nigéria à l’Afrique du Sud, une nouvelle génération de créateurs s’affirme, valorise ses savoir-faire et redéfinit les contours d’une scène désormais incontournable.
Iamisigo: l’artisanat comme acte de résistance
Fondée à Lagos par Bubu Ogisi, Iamisigo s’est imposée comme l’un des labels les plus engagés du continent africain. Présente à la Fashion Week de Lagos, la marque évolue à la frontière du vêtement et du militantisme. Chaque collection interroge les héritages post-coloniaux tout en mettant en lumière les pratiques artisanales africaines, grâce à l’usage de techniques ancestrales.


La créatrice inscrit également son travail dans une réflexion écologique assumée, réutilisant fibres et matières usagées. Cette exigence se traduit par une transparence totale sur les étapes de fabrication. En août dernier, Iamisigo a franchi un nouveau cap en remportant le Zalando Visionary Award, assorti d’un programme de mentorat et d’une dotation de 50 000 euros. Sa collection SS26, intitulée Dual Mandate, résume à elle seule cette double ambition : création et responsabilité.
Lateforworkwear : déconstruire pour reconstruire
Derrière Lateforworkwear se cache Youssef Drissi, créateur marocain formé à l’école Casa Moda de Casablanca. Le nom du label, emprunté à sa collection de fin d’études, donne le ton d’un vestiaire qui revisite le workwear à travers un prisme volontairement décalé. Ici, les conventions sont démontées, tout comme les frontières de genre, que le créateur refuse de figer.



Son approche responsable repose notamment sur l’upcycling. Une posture qui lui a valu une reconnaissance internationale rapide, notamment avec le prix du prêt-à-porter lors de la cérémonie Fashion Trust Arabia. Pour la saison SS26, Lateforworkwear a présenté sa collection dans le cadre du salon Tranoï, pendant la Fashion Week de Paris.
Maison Kébé : une mode qui refuse l’urgence
Fondée par le Sénégalais Cheikh Kébé, également mannequin, Maison Kébé se définit comme un label afro-diasporique. Diplômé de l’ENSA Marseille, le créateur revendique une approche artisanale et locale, qu’il oppose aux logiques de production accélérées.



Récompensé par le Prix Fashion Enthusiasm lors du concours MMM organisé par la Maison Mode Méditerranée, Cheikh Kébé affiche sur Instagram une devise devenue signature : « On ne disparaît pas, on coud ». Une phrase qui résume une philosophie où la lenteur, la fabrication à la main et la transmission des pratiques ancestrales sont des actes politiques autant que créatifs.
Thebe Magugu : transformer la mémoire en vêtements
Créateur sud-africain incontournable, Thebe Magugu développe depuis dix ans ce qu’il décrit comme une « Afro-Encyclopaedic fashion ». Lauréat du prix LVMH en 2019, il a vu plusieurs de ses pièces entrer dans les collections permanentes du Costume Institute à New York, inscrivant son travail dans l’histoire de la mode contemporaine.



Habillant aussi bien Lauryn Hill que Tyla, le créateur puise souvent dans des objets du quotidien pour nourrir ses collections. Il transforme par exemple le motif d’une couverture en mohair traditionnelle, la tjale, en une série de vêtements en soie. Une translation sensible, où le textile devient un récit intime.
Tia Adeola : quand les années 2000 rencontrent Lagos et New York
Lancée en 2016 depuis une chambre étudiante, la marque éponyme de Tia Adeola navigue aujourd’hui entre New York et Lagos. Présente lors des Fashion Weeks, elle a rapidement séduit une scène internationale, au point de valoir à sa fondatrice une place dans le classement Forbes 30 Under 30.



Son univers s’inspire des années 2000, avec des pièces emblématiques comme les polos cropped aux couleurs vives, directement hérités des modèles Ralph Lauren que la créatrice portait plus jeune. Un vestiaire pop, déjà adopté par des artistes comme SZA ou Dua Lipa.
Tongoro Studio ou l’African Dream
Fondé en 2016 par la Sénégalaise Sarah Diouf, Tongoro Studio dépasse le simple cadre du vêtement. Le label revendique une production intégralement réalisée en Afrique de l’Ouest, avec l’étiquette « Made in Africa » comme étendard. Une prise de position que la créatrice a notamment défendue lors d’échanges avec les Nations unies.



Récemment, Tongoro a lancé sa ligne Couture, confirmant l’évolution de la marque. Portée par des personnalités comme Beyoncé, Alicia Keys ou Burna Boy. Inspirée par les motifs traditionnels et la période post-coloniale, Sarah Diouf privilégie le noir et le blanc, teintes au service d’un style affirmé.
Article de Julie Boone.








