L’imperfection, la tendance de cette année 2026 ? 

Fév 10, 2026 | Brands, Culture, Fashion, Style

La clean girl era semble belle et bien disparaître avec l’année 2026. Avec elle, l’obsession d’une image lisse, presque aseptisée. À sa place, une autre esthétique s’installe progressivement. Elle accepte les accrocs, les plis, les traces. En 2026, la mode n’efface plus les défauts : elle les montre et les revendique fièrement. Décryptage. 

Les vêtements comme traces du temps qui passe 

Chez Prada, la collection Automne-Hiver 26, présentée durant la Fashion week de Milan, a marqué par ses détails : manches tachées, étoffes mitées ou reprisées. En fil rouge, le temps qui passe. Des couches de vêtements comme autant de couches temporelles, comme si chaque silhouette traversait, sous nos yeux, les époques. 

@prada

Avec cette collection, le duo formé par Miuccia Prada et Raf Simons poursuit sa déconstruction de la silhouette masculine. Il ne s’agit plus de redéfinir l’homme par la rupture, mais par la continuité. Un homme qui embrasse d’où il vient et sait où il va. Les vêtements volontairement altérés, ne sont ni des artifices ni des provocations : ils témoignent d’un vécu. Ils disent un corps qui habite ses vêtements, qui les use, les garde, les transforme. Un vestiaire qui ne cherche pas à impressionner, mais à durer dans le temps. 

Chanel sans filtre 

@chanel

Chez Chanel, pour la collection Printemps-Été 26 sous la coupole du Grand Palais, Mathieu Blazy signe une entrée en matière remarquée. Pour sa première proposition à la tête de la maison au camélia, il s’attaque, lui aussi, à la question du temps. Et quoi de mieux qu’une réinterprétation du Timeless — qui signifie « intemporel » justement ? Sous la direction artistique du Franco-Belge, le sac iconique s’arbore ouvert, déformé. Il semble presque avoir été oublié au fond d’un placard humide. Avec cette nouvelle version du Timeless, le designer propose sa propre définition de la beauté et prouve au passage qu’un sac Chanel, qu’importe son état, peut être porté fièrement. 

Avec cette collection, suivie depuis par celles des Métiers d’Art et de la Couture, le designer pose les premières pierres d’un nouveau chapitre pour la maison. 

Le vestiaire comme partenaire de vie

Chez Celine, Michael Rider est aussi dans une phase d’affirmation. Il cherche à faire entendre sa voix après celle, puissante, d’Hedi Slimane à la tête de la maison durant six ans. Pour sa deuxième collection, il propose un vestiaire qui dure. Celui que l’on garde, que l’on emporte, qui s’imprègne des lieux et des moments. Une collection rassurante, comme une madeleine de Proust

@zoeghertner @celine
@zoeghertner @celine

Pas de défilé cette saison, mais une mise en scène domestique. Au centre de la pièce, une tour de pulls multicolores. Autour, des silhouettes complètes, des foulards suspendus, des vêtements laissés là. Sur une table, un cabas entrouvert laisse dépasser une écharpe, comme si son propriétaire venait de quitter la pièce, ou allait y revenir d’un instant à l’autre.

À côté, un blouson en cuir semble échoué sur le bois. Les nombreux pins qui le recouvrent sont une métaphore évidente du temps qui passe, des lieux traversés, des souvenirs accumulés. Au sol, des chaussures serpentent, formant un fil sinueux. Une manière pour le créateur de donner à voir les multiples facettes de l’homme qu’il imagine cette saison, et plus largement au sein d’une des marques phares du groupe LVMH

2026, un moment de bascule ? 

La mode semble aujourd’hui prendre le contrepied d’une société obsédée par la maîtrise du temps. Elle ralentit, elle accepte l’usure, elle façonne des garde-robes pensées pour résister.

Ce mouvement entre en friction directe avec les récits dominants véhiculés sur les réseaux sociaux ou la quête est même inverse : ralentir les effets du temps, les dissimuler, les corriger. Rides effacées, peau retendue, jeunesse prolongée artificiellement ou encore vêtements flambants neufs prônés fièrement. 

Des œuvres comme The Substance ou la série Beauty ironisent sur cette obsession du contrôle, sur cette peur panique du vieillissement. Elles exposent, parfois jusqu’à l’absurde, le désir de rester intact, immuable, hors du temps. Face à cela, la mode de 2026 propose autre chose. Elle ne promet pas la jeunesse éternelle, mais une forme de vérité. Elle suggère que l’imperfection n’est pas à corriger, mais une richesse à prôner fièrement. 

Article de Julie Boone