Les accessoires demeurent le socle économique des grandes maisons. Mais créer un it-bag ex nihilo relève aujourd’hui de l’exploit. Face à ce constat, les maisons préfèrent souvent puiser dans leurs archives. Balenciaga, Chloé ou Louis Vuitton ont ouvert la voie : la réédition rassure tout en capitalisant sur la nostalgie. Lorsqu’un sac voit sa cote remonter sur les plateformes de seconde-main, il est synonyme de top départ pour les maisons. Saint Laurent ne fait pas exception et relance, quatorze ans après son lancement, le Mombasa. Anthony Vaccarello en reprend les codes tout en l’ancrant dans le présent, notamment à travers le choix de Bella Hadid comme égérie. Décryptage d’un retour qui était à prévoir.
2002 : naissance d’un sac devenu icône
Baptisé du nom d’une ville du littoral sud du Kenya, le Mombasa voit le jour en 2002, au sein de la collection printemps-été de Tom Ford pour Yves Saint Laurent. Une collection ouvertement inspirée par l’Afrique de l’Est, largement ponctuée par l’imprimé léopard et un imaginaire aujourd’hui discuté. Le raccourci Afrique–animalier, largement accepté à l’époque, ne passerait sans doute plus tel quel aujourd’hui. Pourtant, en ce début des années 2000, Tom Ford fait l’unanimité. Sa vision audacieuse, sensuelle impose une nouvelle grammaire. On se souvient particulièrement de son travail chez Gucci qui a permis à la maison italienne de se moderniser. Avec le recul, ce n’est d’ailleurs pas tant la collection SS02 dans son ensemble qui est restée dans les mémoires que la naissance d’un sac devenu iconique.


Le Mombasa s’est immédiatement imposé grâce à un détail fort : sa anse sculpturale en forme de défense d’éléphant. Un élément signature, reconnaissable entre tous qui fait fondre les it-girls du début des années 2000 et envahit tapis rouges et pages de magazines avant de disparaître progressivement des radars, victime du renouvellement incessant des tendances.
De l’oubli au retour en grâce : le rôle clé de la seconde main
L’essor de la seconde main a toutefois changé la donne. Sans redevenir omniprésent, le Mombasa a retrouvé une place singulière dans l’écosystème du luxe vintage, que ce soit en ligne ou en boutique, par exemple chez nhỏgirl, showroom ultra en vue dans la capitale hollandaise. Avant même l’annonce de sa réédition officielle, on le retrouvait à partir de 500 euros, preuve d’un intérêt persistant et d’un désir latent. Une cote suffisamment stable pour attirer l’attention de la maison. La réédition orchestrée par Saint Laurent ne fera qu’amplifier cette dynamique, entraînant mécaniquement une hausse des prix, y compris sur le marché secondaire.
Au fil des années, le Mombasa s’est décliné sous de multiples formes : version Saint-Tropez agrémentée de volants en cuir, interprétation baguette, cuirs lisses ou peaux travaillées, palettes de couleurs vives. Pour son retour, Anthony Vaccarello fait un choix mesuré. Il privilégie d’abord le modèle originel : un sac hobo porté à l’épaule, décliné en trois tailles, du sac à main au format fourre-tout. L’un des coloris adopte un cuir à l’aspect volontairement patiné, presque vintage, comme un clin d’œil assumé à l’histoire de la pièce et à son statut d’objet déjà chargé de mémoire.
Vaccarello, l’archive comme matière vivante
En rééditant le Mombasa, Saint Laurent ne se contente pas de ressusciter un succès passé : la maison affirme une stratégie devenue vitale dans l’univers du luxe. À une époque où la nouveauté absolue peine à s’imposer, l’archive devient un véritable terrain de jeu. Anthony Vaccarello ne cherche ni à figer le sac dans la nostalgie, ni à le transformer radicalement. Il l’ancre dans un présent où la culture mode se nourrit autant des images d’archives que des tendances venus de la seconde main.
La réédition du Mombasa s’inscrit dans la campagne printemps-été 2026, présentée au pied de la Tour Eiffel et inspirée par les années 1980. Le sac, à la croisée des époques, incarne cette capacité rare à transcender les cycles : il demeure au-dessus de la mêlée des tendances, symbole d’un it-bag intemporel qui continue de séduire les générations et de marquer l’histoire de Saint Laurent.
Article de Julie Boone.











