Les sneakers qui ont foulé les podiums de la Fashion Week 

Mar 13, 2026 | Brands, Fashion, Footwear

Le printemps pointe à peine le bout de son nez que la mode pense déjà à l’hiver prochain. La Fashion Week s’est achevée il y a quelques jours, et il est temps de faire le point sur nos coups de cœur sneakers repérés sur les podiums. Si elles semblaient ces dernières saisons reléguées au second plan par les maisons, qui leur préféraient mocassins et chaussures plus classiques, les sneakers n’ont visiblement pas dit leur dernier mot.

Converse sur le podium et en coulisses 

Pour son tout premier défilé parisien, le créateur catalan Javier Guijarro s’est entouré d’un partenaire de poids : Converse. Une collaboration qui s’inscrit dans la volonté de la marque américaine d’accompagner et de soutenir les talents émergents de la nouvelle scène mode. Né en 2000, Javier Guijarro appartient à cette génération de créateurs qui réinterprètent les codes du vestiaire classique : costume, chemise, mocassin, tout y passe. Après s’être fait remarquer pendant ses études, il lance sa marque éponyme en 2023. Son travail se situe au carrefour de la tradition et de l’innovation. 

@alekkatar

Pour ce défilé, il a choisi la forêt comme point de départ. Un espace ambigu, entre refuge et menace, où l’identité peut s’exprimer librement, loin des conventions sociales. Dans ce décor ultra-symbolique, les sneakers racontent cette ambiguïté. Le créateur revisite ainsi la silhouette iconique de la Chuck Taylor All Star en lui appliquant des textures inattendues et des finitions singulières. Les matières cirées, les traitements imperméables et les références utilitaires dialoguent avec l’esthétique outdoor de la collection. Un détournement subtil qui montre comment un classique peut s’inscrire dans un vocabulaire mode plus conceptuel.

En s’associant à Javier Guijarro à ce moment charnière de son parcours, Converse prouve son soutien aux nouvelles voix de la création et montre au passage que ses pièces iconiques doivent continuer à vivre avec leurs temps. Passage de flambeau réussi. 

Miuccia Prada ressort les archives des années 90 pour Miu Miu 

De son côté, Miuccia Prada regarde vers le passé pour imaginer l’hiver à venir. Lors du défilé Miu Miu automne-hiver — qui clôturait la Fashion Week de Paris — la créatrice a remis à l’honneur un détail emblématique de ses archives : la fameuse semelle technique à bulles apparue en 1999.

@miumiu
@miumiu

À l’époque, cette semelle futuriste marquait un tournant. Présentée à l’aube du nouveau millénaire, dans un contexte marqué par les fantasmes technologiques et le fameux bug de l’an 2000, elle symbolisait une nouvelle manière de penser la chaussure. Sport, mode et expérimentation se mélangeaient alors dans des silhouettes hybrides. Plus de vingt-cinq ans plus tard, cette semelle fait son retour sous plusieurs formes : sneakers, mules ou encore bottes. La nouvelle ligne navigue entre esthétique gorp-core et esprit volontairement quirky, avec des modèles qui évoquent parfois la silhouette de la Prada America’s Cup. Sur les côtés, de délicats détails de pierreries viennent toutefois féminiser la chaussure, créant un contraste inattendu. 

Ce retour aux archives n’est pas anodin. Les « weird shoes », ces chaussures volontairement atypiques, connaissent depuis quelques années un véritable engouement, notamment sur le marché de la seconde main. En réactivant ce design de 1999, Miuccia Prada joue à la fois sur la nostalgie tout en étant totalement dans l’air du temps. Et si cette résurgence signalait, elle aussi, un moment charnière ? À l’image de la fin des années 1990, où la mode se projetait vers un nouveau millénaire, la collection automne-hiver 2026 semble suggérer qu’un autre cycle est peut-être en train de s’ouvrir.

Onitzuka Tiger prend de la hauteur à la Milan Fashion Week 

La marque japonaise Onitsuka Tiger, fondée en 1949, a présenté sa nouvelle collection lors de la Fashion Week de Milan, sous la direction artistique du designer italien Andrea Pompilio. Au cœur de cette présentation : le concept japonais du « Ma », qui désigne l’espace ou le temps entre deux choses. Loin d’évoquer un vide ou une simple pause, le Ma renvoie plutôt à une respiration active, un moment suspendu qui donne du sens à ce qui l’entoure.

@onitzukatiger

Avec cette idée en fil conducteur, la marque affirme sa volonté d’accompagner tous les moments de la vie, des occasions les plus spéciales au quotidien le plus ordinaire. Une philosophie qui se reflète particulièrement dans les chaussures : des sneakers au confort affirmé, revisitées dans des versions montantes — comme l’emblématique Mexico 66 réinterprétée façon boxing — parées d’imprimés reptiles, l’un des motifs phares de l’année. Une manière d’arpenter la ville avec des pièces à la fois pratiques et pointues. Côté styling, les silhouettes jouent sur un mélange d’influences : couleurs vives, teintes pastel et motifs floraux composent des looks qui évoquent parfois simultanément l’adolescence et l’élégance de femmes plus âgées. De cette rencontre inattendue se dégage une certaine mélancolie, comme un dialogue entre les âges et les temporalités.

Longtemps symbole du streetwear, la sneaker confirme aujourd’hui sa place sur les podiums : une chaussure capable de dialoguer avec la mode la plus conceptuelle tout en restant profondément ancrée dans le quotidien.

Article de Julie Boone