Aux abords des lycées, les silhouettes semblent figées dans les années 2010. Même sacs, mêmes doudounes, mêmes palettes neutres. Une question émerge : et si, loin des podiums et de TikTok, le style adolescent avait cessé d’évoluer depuis près de dix ans ?
De tendances à véritables intemporelles
La mode est un éternel recommencement. Chaque décennie recycle la précédente, chaque génération s’approprie des codes qu’elle n’a parfois pas connus. Après plusieurs saisons dominées par un revival Y2K, la focale s’est déplacée vers la fin des années 2000 et le début des années 2010. Sur TikTok, la formule « Is 2026 the new 2016 ? » s’est imposée comme un slogan.

Pourtant, si les tendances vont et viennent à grande vitesse, certains territoires semblent imperméables à cette agitation. Les sorties de lycée racontent une toute autre histoire. À Paris, le 24h de Gérard Darel continue de s’imposer. Ce sac emblématique des années 2010, associé à un style plutôt BCBG, est toujours porté en sac de cours. Même constat du côté des vêtements. Les doudounes Canada Goose, Pyrenex ou PJS n’ont jamais quitté le vestiaire adolescent. Saison après saison, elles s’imposent comme des pièces phares du dressing hivernal. La silhouette, elle, a légèrement glissé vers des volumes plus amples, empruntant au streetwear. Jeans droits ou baggy, sweats à capuche et évidemment sneakers. Les formes évoluent à la marge, mais la base reste inchangée.
Du côté des marques, Isabel Marant mise de nouveau sur les sneakers compensées. Victoria, un temps très populaire, revient en force avec des modèles en phase avec les tendances. D’autres marques sont également exhumées via le marché de la seconde main. On cherche ces pièces qu’on ne pouvait pas se permettre. Une façon, peut-être, de satisfaire notre adolescent intérieur.
La neutralité comme figure de proue
Aujourd’hui, le vestiaire adolescent privilégie la neutralité, non par manque de créativité, mais par souci d’intégration. À cet âge charnière, le vêtement devient un outil social avant d’être un terrain d’expression personnelle. Il sert à appartenir, à se fondre dans un groupe.


Sur les réseaux sociaux, la même logique de discrétion s’impose. Beaucoup de lycéens ont déserté Instagram ou en font un usage minimal. Profils sans photos, publications inexistantes, stories rares : la présence numérique demeure, mais elle se fait avant tout silencieuse. Comme dans le vêtement, il ne s’agit pas tant de se montrer que d’exister sans trop s’exposer. Une retenue assumée, paradoxale à l’ère de l’hyper-visibilité.
Personne ne cherche vraiment à sortir du lot, et c’est précisément ce consensus qui structure les silhouettes, autant dans la rue que sur les écrans. Lorsque l’on observe les détails de plus près, quelques évolutions apparaissent néanmoins. Des marques comme Corteiz, avec ses collaborations très convoitées avec Nike, ou des labels comme Lululemon et Aritzia, viennent s’intégrer à ces looks sobres sans en bouleverser l’équilibre.
2010s : une nouvelle source d’inspiration pour les fans de mode
En parallèle, les années 2010 opèrent un retour plus massif. Une nostalgie diffuse s’empare de la Gen Z, notamment de ceux qui ont grandi durant cette période. On fouille dans ses anciennes affaires, on ressort des pièces que l’on croyait définitivement dépassées. Le tee-shirt Eleven Paris, emblème de la swag era, refait surface, les gilets Abercromie ou American Apparel aussi.
Ces vêtements ne sont pas réhabilités pour leur esthétique, mais pour ce qu’ils incarnent. Une époque, des souvenirs partagés. Les porter aujourd’hui revient moins à suivre une tendance qu’à affirmer une mémoire. La pièce devient un symbole, presque un badge générationnel.

Le paradoxe est là. Les adolescents d’aujourd’hui n’ont, pour la plupart, jamais connu cette période. Et pourtant, leurs silhouettes en sont les héritières directes. Comme si le vestiaire s’était transmis tel quel, sans réelle mise à jour, figé dans une version rassurante de l’adolescence.
Alors que la mode multiplie les réécritures, le « style adolescent » semble évoluer à contretemps. Dans cette bulle, la question n’est peut-être pas de savoir si 2026 est la nouvelle 2016. Mais plutôt de constater que, pour beaucoup, le temps s’est arrêté quelque part entre les deux.
Article de Julie Boone.








