À mi-chemin entre une villa méditerranéenne et une banlieue américaine cossue des années 2000, la Tuscan Mom refait surface sur TikTok. Derrière ses mules à talons et sa cuisine aux murs ocre se dessine moins une tendance qu’un idéal : celui d’une féminité adulte, stable et prospère, tout droit sortie d’un imaginaire pré-Instagram.
Avant toute chose, petit point étymologie. Le terme « tuscan » renvoie moins à l’Italie réelle qu’à une Toscane fantasmée. Il s’agit d’abord d’une référence décorative : murs aux teintes chaudes, mobilier en bois massif, cuisine ouverte baignée de lumière dorée, détails de vignes et d’oliviers sur la vaisselle. Une esthétique popularisée dans les années 1990 et 2000 par le cinéma américain — on pense à Under the Tuscan Sun — et par les catalogues d’ameublement.
La tuscan mom vit dans une maison qui ressemble à une villa méditerranéenne transplantée dans une banlieue états-unienne, sorte de version domestiquée du Sud européen, filtrée par le rêve américain…
Gaby dans Desperate Housewives ou l’archétype de la tuscan mom
Pour comprendre les origines de la tuscan mom, il faut remonter deux décennies en arrière, à l’époque où la série Desperate Housewives règne sur nos écrans. Parmi les personnages phares, celui de Gabrielle Solis, incarné par Eva Longoria, a.k.a l’une des plus dignes représentantes de cette esthétique.


Pour saisir qui se cache derrière cet anglicisme, un tableau s’impose : une matinée ensoleillée dans une banlieue cossue des États-Unis. Une femme d’une trentaine d’années enchaîne les rendez-vous, chevelure impeccable parsemée de mèches subtilement éclaircies, lunettes fumées oversize sur le nez. Manucure, pédicure, déjeuner entre amies, puis virée shopping. C’est le programme du jour. Elle conduit une décapotable Mercedes aux finitions cuir et bois — ou une berline familiale type Toyota Camry. Aux poignets, des bracelets qui s’entrechoquent ; aux pieds, des mules à talons ; sur les hanches, un jean skinny taille basse.
La tuscan mom n’est pas seulement une mère. C’est une femme aisée, attentive à son apparence, au quotidien rythmé par la consommation, le soin de soi et la sociabilité, surtout entre femmes. On pense notamment aux après-midis jeux de Gabrielle Sollis avec ses amies de Wisteria Lane.
Des enseignes autrefois tendances


Avec le retour en grâce de cette esthétique sur TikTok, émergent des enseignes mais aussi des produits qu’on avait certainement oublié depuis… Les bougies Yankee Candle aux senteurs sucrées, les flacons Warm Vanilla Sugar de Bath & Body Works, le fond de teint mousse de Maybelline, les après-midis passés chez Barnes & Noble, café Starbucks à la main… Combinées, ces références forment un véritable paysage sensoriel jalonné d’odeurs vanillées qui forment la toile de fond de l’esthétique tuscan.
Une tendance basée sur la nostalgie
« In another life I’d be a tuscan mom in the early 2000’s »
Sur TikTok, les déclarations du type « In another life I’d be a tuscan mom in the early 2000’s » se multiplient. Il ne s’agit pas d’un simple revival Y2K. La tuscan mom ne renvoie pas aux silhouettes pop acidulées également bien présentes dans les années 2000, mais à l’image que la Gen Z se faisait des femmes adultes lorsqu’elle était enfant.



La citation « getting older means slowly turning into my mom how I first remember her » (@karley) résume bien le phénomène : en vieillissant, certaines utilisatrices cherchent à recréer la version idéalisée de leur mère au début des années 2000. Contrairement à d’autres micro-trends obsédées par la jeunesse, celle-ci valorise particulièrement les figures maternelles. Elle célèbre une féminité mature, assumée, et surtout économiquement stable. Phénomène plutôt rare dans un écosystème numérique dominé par l’idée d’une jeunesse éternelle, parfois fragile, souvent dépendante financièrement de figures masculines.
Un revival à questionner
Malgré la popularité du phénomène sur les réseaux sociaux, la tuscan mom reste une protagoniste issue de la classe moyenne supérieure. Et même si elle est indépendante, hyper-séduisante, elle demeure inscrite dans un cadre domestique très normé où l’homme ne figure que rarement même s’il y réside bel et bien.


Pour les femmes de la Gen Z qui reproduisent les looks de leurs aînées à l’époque ou parviennent à chiner des éléments de décoration identiques, il s’agit surtout d’embrasser l’esthétique en apparence. Dans un contexte socio-économique difficile, reprendre ces codes ne nous ferait-il pas croire qu’on appartient à une catégorie sociale plus aisée ? Qu’est-ce que cette récupération dit des femmes dans la vingtaine ? La tuscan mom serait-elle un nouvel idéal de réussite ?
Une chose est sûre, la tuscan mom n’est pas qu’une silhouette en mules et jeans skinny. Elle est un souvenir recomposé, un archétype domestique remis au goût du jour. En la ressuscitant, la Gen Z ne se contente pas de recycler les années 2000 : elle réhabilite une figure féminine adulte, maternelle même, longtemps reléguée hors du champ désirable des tendances, et en fait un nouvel idéal à atteindre.
Article de Julie Boone.








