Hors écran : et si la Gen Z pariait désormais sur les activités manuelles 

Mar 5, 2026 | Culture, Lifestyle

Née avec un smartphone en main et un fil d’actualité en toile de fond, la Gen Z serait-elle en train de réapprendre à vivre loin de ses écrans ? Derrière l’essor du tricot, de la céramique ou du journaling, se dessine moins une lubie passagère qu’un besoin tangible de lenteur et de lien. 

C’est la génération à qui l’on reproche volontiers une dépendance chronique aux écrans, mais qui en maîtrise aussi parfaitement les codes. Le paradoxe est là : hyperconnectée, certes, mais lucide. Selon une étude publiée par l’ARCEP, 62 % des 18-24 ans qui déclarent passer plus de trois heures par jour sur les écrans jugent ce temps excessif. La prise de conscience est nette. Reste à savoir si elle marque le début d’un sevrage.

@tyciadchannel
@tyciadchannel

Ironie du sort, c’est sur les réseaux sociaux qu’il s’observe le plus clairement. Les fils TikTok et Instagram se remplissent de tours de potier, de mailles serrées et de carnets soigneusement annotés. Bien sûr, ces instants sont filmés, montés, postés. Mais avant la publication, il y a l’activité en tant que telle. Le temps passé à modeler, à coudre, à écrire. Autrement dit : un temps soustrait à l’écran pour revenir à des pratiques artistiques ou artisanales, en solo ou en collectif.

Des activités d’antan de nouveau à la mode 

Tricot, poterie, couture. Les confinements liés à la pandémie de Covid-19 avaient déjà amorcé ce retour à ces travaux manuels. On ressortait les pelotes pour tromper l’ennui, on s’initiait à la céramique entre deux réunions Zoom. Pourtant, le retour à la vie « normale » n’a pas renvoyé aiguilles et pinceaux au placard. 

@jorjadela_
@jorjadela_ @hinge

Le phénomène s’est structuré. Des tutoriels isolés sur YouTube, on est passé à de véritables créateurs de contenus qui professionnalisent ces pratiques. À l’image de Justine, installée dans le Nord de la France, connue sous le pseudonyme @jorjadela_. Suivie par près de 260 000 abonnés sur TikTok, elle a transformé sa passion pour la céramique en véritable business. Atelier équipé d’un four et boutique en ligne : la pratique artisanale devient un véritable modèle économique.

Le succès de Justine n’est pas un cas isolé. Il témoigne d’un engouement plus large pour des objets faits main, produits en petites séries, très très loin des cadences industrielles. Pour une partie de la Gen Z, acheter une tasse façonnée à la main, c’est faire un choix esthétique autant qu’éthique.

Nouvelles pratiques, nouveaux lieux de socialisation 

Ces activités investissent désormais des lieux hybrides où l’on vient autant pour créer que pour se retrouver. Ateliers de peinture accessibles le temps d’une soirée, cours de poterie entre amis, sessions de cuisine collective : la pratique manuelle devient prétexte à la rencontre.

Certaines adresses proposent même de peindre sur toile un verre à la main. Une hybridation révélatrice d’un désir de ralentir sans renoncer au plaisir. On ne se retrouve plus seulement pour un café où l’on déroule, chacun son tour, la liste des dernières nouvelles. Ces « catch up conversations » où l’on informe plus qu’on ne partage laissent place à des moments qui formeront de futurs souvenirs qui plus est, communs. 

@moshikura

À l’inverse, certaines pratiques revendiquent l’intimité. Le journaling, version contemporaine du journal intime. On y consigne ses pensées, on y colle des images, on couche sur papier ses plus secrètes ambitions. Seul ou lors d’ateliers collectifs, écrire devient un outil de recentrage.

@axolotox.art
@axolotox.art

Reste une limite, presque inévitable. Le téléphone est posé pendant que l’argile tourne ou que l’encre sèche. Mais une fois l’objet achevé, le réflexe demeure : on photographie, on filme, on partage. La parenthèse hors ligne se referme souvent par un retour sur les réseaux. Faut-il y voir une contradiction ? Peut-être pas. Plutôt le signe d’une génération qui ne cherche pas à fuir le numérique, mais à repenser son rapport à celui-ci. À prouver qu’elle peut, à la fois, maîtriser l’écran et s’en affranchir.

Article de Julie Boone