La reine de la chaussures Nina Christen pose ses valises à Paris

Mar 14, 2026 | Brands, Fashion, Footwear, Style

La designer de chaussures préférée des grandes maisons, vient d’ouvrir sa première boutique à Paris. Cette fois ce n’est pas sous l’étiquette d’une marque prestigieuse que son travail est dévoilé, c’est sous son propre nom qu’elle investit les murs du 1 rue de la Paix. Zoom sur une figure de l’ombre en passe de prendre toute la lumière qu’elle mérite. 

À pied d’oeuvre 

Saint Laurent, Celine, Dries Van Noten, Bottega Veneta, Loewe, The Row et maintenant Dior, Nina Christen a écumé une bonne partie des maisons les plus prestigieuses d’abord en tant que designer chaussures puis en tant que responsable de département. Si son nom est connu des professionnels du secteur, le grand public connait avant tout ses designs. 

Parmi les plus iconiques : les talons rouge façon Minnie Mouse chez Loewe, les sandales à talon en filet ou encore les mules Lido pour Bottega Veneta — un de ses modèles préférés. Dans son palmarès, on compte aussi les tongs très critiquées de The Row. Depuis un an, elle signe les collections chaussures Dior sous la direction artistique de Jonathan Anderson avec qui elle avait déjà collaboré chez Loewe. Des retrouvailles qui prouvent que Nina Christen est une designer recherchée dans l’industrie. À propos de Jonathan Anderson, elle confiant au micro d’EE72 : « Jonathan m’inspire énormément. Sa manière de travailler, la façon dont il juxtapose les éléments : tout est très instinctif, très dynamique, presque électrique. »

@ninachristen par @bilalelkadhi
@ninachristen par @bilalelkadhi

Le secret de Nina Christen ? C’est un caméléon qui va s’adapter à chaque maison, voire même au changement de directeur artistique : « Quand je rejoins une maison, j’essaie d’abord de capter son énergie et celle du directeur artistique ».

Créer sous son propre nom 

Le chemin détourné emprunté par de nombreuses femmes designers pour accéder à la reconnaissance dans l’industrie de la mode passe souvent par la création de leur propre marque, souvent sous leur propre nom. Ce phénomène s’explique en partie par la difficulté persistante pour les femmes d’accéder aux postes de direction artistique au sein des grandes maisons. Comme nous l’évoquions déjà dans un article consacré au manque de représentation féminine à la tête des directions artistiques, les opportunités offertes aux créatrices restent encore limitées. Dans ce contexte, lancer sa propre marque devient alors une stratégie d’émancipation mais aussi un moyen de légitimation. Cette démarche permet de contourner un système qui, historiquement, a souvent privilégié des figures masculines ou déjà médiatisées pour occuper les postes les plus visibles. Le cas de Nina Christen présente toutefois une nuance intéressante. Contrairement à certaines créatrices qui choisissent l’entrepreneuriat par nécessité ou par volonté d’indépendance totale, elle semble également chercher à évoluer sur ces deux terrains à la fois.

@ninachristen pour @dior par @jonathan.anderson

Dans ce contexte, le fait que Nina Christen ait choisi son propre nom de famille pour désigner sa marque prend une dimension symbolique forte. En inscrivant son identité au cœur du projet, elle affirme sa légitimité créative en dehors du seul cadre des grandes maisons avec lesquelles elle collabore. 

Un lieu à soi 

On pourrait y voir un prolongement de l’idée formulée par Virginia Woolf dans Un lieu à soi : pour atteindre leur plein potentiel, les femmes doivent parfois construire leur propre espace. Cet espace, pour Nina Christen, se trouve désormais 1 rue de la Paix, à deux pas de la place Vendôme. La boutique a été pensée en collaboration avec l’artiste Azadeh Shladovsky. Le résultat : un intérieur brutaliste où le béton brut recouvre le sol, les murs et le plafond. Une toile blanche, volontairement dépouillée, imaginée pour évoluer au fil des saisons et des collections.

@ninachristen

Côté produits, la designer propose une ligne d’escarpins aux lignes intemporelles, fabriqués dans certaines des meilleures manufactures d’Italie. Des silhouettes épurées, pensées pour durer — loin du rythme effréné des tendances qu’elle est totalement en mesure de prédire. Une manière pour Nina Christen de passer de l’ombre à la lumière, et d’inscrire enfin son nom là où il aurait toujours dû apparaître : sur la semelle.

Article de Julie Boone.