5 photographes de mode à suivre en 2026

Avr 11, 2026 | Culture, Fashion, Talents

Derrière les éditos des plus grands magazines, les campagnes de marques prestigieuses ou des projets plus personnels, certains photographes se distinguent. Plus qu’un simple objectif, leur regard contribue à façonner l’image des maisons tout en étant des témoignages sans filtre de notre époque. Florilège de ces talents à suivre de très près cette année.

Jaša Müller, quand la photographie résiste à l’intelligence artificielle

Récemment devenu viral grâce la couverture du Paper Magazine, Jaša Müller concentre l’attention  de la toile — d’Instagram à TikTok en passant par Reddit — par sa capacité à fusionner photographie et illustration. Sur un fond immaculé, l’actrice Ayo Edebiri apparaît en total look Chanel — clin d’œil appuyé à son rôle de (première) ambassadrice de la maison sous l’ère Matthieu Blazy. Sa peau colorée, presque sortie d’un dessin animé, crée un contraste saisissant avec la neutralité du décor. Dans le même temps, cette série de clichés, qui a été produite par des humains, est une façon subtile de résister à l’uniformisation de l’image par l’intelligence artificielle.

Le travail de Müller se situe à l’interstice du réel et de l’imaginaire. Il semble tout droit sortie des clips des années 1980 avec en filigranes, le mouvement pop art dont Andy Warhol est une des figures les plus emblématiques. À suivre de très près. 

Aïda Dahmani, la photographe autodidacte à l’épreuve du réel

Photographe autodidacte d’origine algérienne, Aïda Dahmani navigue d’un univers à un autre avec une aisance déconcertante. Des campagnes pour Salomon aux portraits de SDM, Central Cee ou encore Ousmane Dembélé, sans oublier la cover du très récent single Wrong Things de Danitsa. 

Son travail se concentre tout particulièrement autour de personnes maghrébines et sub-africaines, rendant hommage à ses origines et offrant une visibilité rare à des visages trop souvent absents des campagnes mainstream. Son parcours atypique, raconté au micro du média SPOT lors d’un reportage durant la CAN au Maroc, rappelle sa position d’outsider. Elle parle notamment de sa méconnaissance des bourses accessibles aux photographes : « Quand tu fais une école, tu es au courant… Moi je ne savais même pas que ça existait. » Pourtant, son talent l’a rapidement menée à obtenir la bourse de la nouvelle photographie urbaine lors du festival Visa pour l’image à Perpignan en 2020. Depuis ? Elle est partout. 

Chez Chanel Rémonde Victor, l’intimité au centre de l’image

Entre Paris et New York, Chanel Rémonde Victor se distingue par son approche documentaire. Elle parvient à construire des images si singulières, notamment grâce à la relation qu’elle entretient avec ses modèles. Chaque portrait, chaque cliché est précédé d’un dialogue, d’un échange qui permet à la personne photographiée de s’exprimer pleinement devant l’objectif.

Sa dernière série, récemment reprise par Dazed Magazine, met en lumière les talents du Paris nocturne — danseurs et autres artistes burlesques — et illustre sa capacité à révéler l’intimité et la singularité de chacun. Au-delà de l’image, Chanel partage également ses réflexions via une newsletter, où elle livre pensées et impressions, rappelant que la communication est aussi une composante de sa pratique photographique. À suivre (et lire) sans fin. 

Jessica Madavo : la photographie comme extension d’une vie en mouvement

Originaire de Johannesburg et aujourd’hui nomade, Jessica Madavo traduit la mobilité de sa vie dans chacune de ses images. Ce qui distingue Madavo, c’est sa capacité à explorer l’auto-portrait et à intégrer le mouvement dans ses compositions. Ses images révèlent une photographie en constante évolution. 

Récemment, elle signait la cover du Pop Magazine avec l’actrice Simone Ashley — révélée dans la saison 2 de Bridgerton — et travaille régulièrement avec Dior depuis l’arrivée de Jonathan Anderson, photographiant des personnalités masculines qui gravitent autour de la mode sans en être totalement, telles que Louis Garrel ou Kylian Mbappé. Un nom à retenir.

Zoe Natale Mannella : déconstruire les genres à travers la mode 

Photographe anglo-italienne à cheval entre Milan et Paris, Zoe Natale Mannella place le vêtement au cœur de son travail. Comme Aïda Dahmani, elle est autodidacte, mais contrairement à elle, elle se concentre particulièrement sur la matière, les coupes et les couleurs. Par le biais du vêtement, elle explore la liberté corporelle et sexuelle des femmes, brouillant les frontières entre le féminin et le masculin. Parmi ses collaborations récentes figurent Balmain, Blumarine et Du Ciel, où elle parvient à capturer des femmes mouvantes, actrices, plus seulement objets. À garder sur son radar.

Article de Julie Boone